La guerre pour la gouvernance de l’Internet

Google annonce que ses serveurs de résolution DNS, Google Public DNS, seraient les plus utilisés au monde, confirmant ainsi sa mainmise sur le réseau Internet. Pour bien comprendre toutes les implications de cette annonce, regardons ce qu’est le DNS.

Comme vous le savez surement, chaque ordinateur connecté à Internet possède au moins une adresse IP unique que les autres ordinateurs peuvent utiliser pour communiquer avec lui. Cependant, une adresse IP du type 173.194.43.99 est difficilement reconnaissable. C’est pourquoi les serveurs Web préfèrent utiliser des adresses en langage courant, appelés noms de domaine. Les nom de domaine sont comme des raccourcis pour accéder à des adresses IP qui visent à rendre la vie des utilisateurs plus facile. Il est en effet plus facile de taper le nom de domaine www.google.com dans son navigateur que de taper l’adresse IP 173.194.43.99, même si ceux-ci mène à la même adresse. Comme la quasi-totalité des utilisateurs utilisent le DNS (Domain Name System), celui qui contrôle le DNS contrôle effectivement l’Internet. Mais qui régule ce système?

La réponse est multiple. Officiellement, l’ICANN, organisme à but non lucratif américain, a été mandaté par le Département de l’Intérieur américain pour faire la gestion du système DNS. Cependant, le Département se garde un droit de véto sur les décision de l’ICANN. Ce qui mine la crédibilité de l’ICANN comme organisme régulateur d’Internet. De plus, l’ICANN attribue aussi des nom de domaine de haut niveau aux États (les fameux suffixes .CA pour le Canada, .US pour les États-Unis ou .MX pour le Mexique). Ces États ont ensuite le contrôle sur leur nom de domaine de haut niveau, en fonction des règles établis par l’ICANN. Ces nom de domaine de haut niveau sont parfois vitaux pour la sécurité et l’économie des États auxquels ils sont associés. Pensons à l’État de Tuvalu, dont l’administration du nom de domaine de haut niveau .TV constitue la seconde source de revenu du gouvernement, après le tourisme.

Ainsi, en se gardant un droit de véto sur les décisions de l’ICANN, le gouvernement américain maintien un contrôle effectif sur l’Internet. Les récentes tentatives de réglementation de l’Internet pour la protection des droits d’auteur et les fermeture de site qui s’en sont suivis (pensons au défunt Megavideo et Megaupload) ont été possibles grâce au contrôle qu’a le gouvernement américain sur le DNS. En effet, en empêchant la résolution d’un nom de domaine vers l’adresse IP de son serveur, ou en la redirigeant vers un autre serveur, on arrive à bloquer ou à rediriger tous le trafic vers ce site, tuant ainsi le site Internet et sa popularité en quelques jours.

Plus récemment, l’Union Internationale des Télécommunications, organe de l’ONU spécialisé dans les technologies de l’information, a été utilisé par plusieurs États comme tribune pour contester l’ingérence américaine dans le système de nom de domaine actuel. Ces états ont même tenté, sans grand succès, de mettre sur pied un organisme alternatif à l’ICANN, qui soit sous la supervision de l’Union, rappelant que seulement 5% des États-membres de l’ONU reconnaissent l’ICANN comme organisme légitime de régulation d’Internet.

Du contrôle des serveurs effectuant les résolutions DNS à l’établissement de règles de droits internationales entourant leur utilisation, les serveurs DNS sont au coeur de la guerre pour la gouvernance de l’Internet. Dans un monde qui privilégie de plus en plus la sécurité au profit des droits individuels, il est important de maintenir un système de nom de domaine libre et décentralisé, favorisant la compétition. C’est pourquoi Alice Media mettra en ligne son propre serveur DNS à l’automne 2013. Ce serveur fournira l’information des noms de domaine hébergés sur le réseau aux serveurs DNS plus importants. De plus, le serveur DNS du réseau Alice constituera une alternative aux utilisateurs désirant contourner la réglementation américaine provoquant la fermeture de site Internet pour non-respect des droits d’auteur en utilisant des serveurs DNS canadiens, plutôt qu’américains.

En terminant, voici quelques liens utiles pour en savoir plus sur le système de noms de domaine:

Icann vs Department of Commerce : les coulisses d’une négociation Historique de la réglementation du DNS

The US Department of Commerce, the DNS Root, and ICANN Critique de la position américaine dans le débat

Is the UN really trying to take over the Internet? Critique de la position de l’Union Interternationale des Télécommunications

Les serveurs DNS de Google seraient les plus utilisés au monde Article discutant la position dominante de Google

Bitcoin
Les serveurs DNS sont au coeur de la guerre pour la gouvernance de l’Internet.